La pratique de la Fraternité, c’est notre sécurité
Réunis du 13 au 16 septembre 2009 à El Escorial, près de Madrid, vingt cinq participants des Eglises protestantes des pays latins ainsi que des délégués polonais, tchèque, allemand, canadien ont partagé durant trois jours expériences, réflexions méditations sur le thème « Prêts pour la fraternité ».
Pourquoi ce thème ?
D’abord parce que vivre la fraternité ne va pas de soi, que ce soit dans nos Eglises ou dans la société. Dans nos Eglises, l’esprit de jugement et de clan, l’individualisme, des cultures différentes, la défense de certaines traditions, le manque de temps, le regard des autres empêchent de vivre en communion fraternelle. Dans la société, l’appât du gain, la concurrence, l’esprit de compétition ne favorisent pas des rapports amicaux.
Pourtant, en nous tournant vers les Ecritures, nous avons lu que cette fraternité nous est donnée. Dès lors que je reçois Christ comme mon Seigneur, je suis en communion avec lui, avec le Père, avec les frères et sœurs chrétiens. Mais cette fraternité est aussi un chemin.
Suivre le Christ, c’est entrer dans un mouvement qui vise à construire de la fraternité avec le plus grand nombre.
L’abondance des exhortations bibliques, en particulier chez Paul, encourageant les chrétiens à être fraternels et à cultiver la communion, indique que ce chemin n’est pas facile à suivre. Le chrétien cherche à grandir vers la stature parfaite du Christ, mais il ne l’atteint jamais.
La fraternité est un appel, une vocation, un horizon. Elle est donc à la fois une réalité et une promesse.
Cette réalité et cette promesse, il appartient aux chrétiens d’en être témoins dans leur vie quotidienne. La Bonne nouvelle ne sera crédible aux yeux de nos contemporains que si les chrétiens mettent en pratique la communion. La fraternité doit se voir.
Comment avons-nous travaillé ?
La réflexion théologique s’est appuyée sur trois piliers : l’échange d’expériences sur la manière dont la fraternité est vécue ou pas dans nos Eglises, des exposés bibliques, un témoignage sur une pratique sociale, en l’occurrence l’accueil et la défense des migrants.
Ainsi les convictions partagées dans ce texte final se sont élaborées au carrefour de l’expérience personnelle et communautaire, des textes bibliques, et des réalités sociales. La réalité minoritaire des Eglises des pays latins permet que la parole circule et ne soit pas confisquée par des experts.
Des convictions
● La place que nous laissons à l’immigré dans nos Eglises et dans nos sociétés est révélatrice du degré de fraternité que nous vivons réellement. Le migrant nous met au défi de défendre la dignité de la personne humaine, de manière égale pour tous. En défendant la dignité de chaque être et du migrant en particulier, c’est aussi notre dignité à nous que nous défendons. La fraternité commence lorsque nous voyons en lui/elle un égal.
● Les communautés chrétiennes ont vocation à être des lieux d’humanisation de la vie et de défense du droit. Elles constituent un réseau de vigilance, ce qui suppose une information correcte sur la réalité des migrations.
● Il revient aux chrétiens de promouvoir une Eglise de la Parole et non du silence, une Eglise de proposition et pas seulement d’opposition. Les prophètes de l’Ancien Testament, à travers leur non conformisme, mettent en lumière un projet de société basé sur la justice, le droit, l’alliance. Ils ne se contentent pas de dénoncer et de faire des discours. Ainsi les chrétiens à travers leurs Eglises sont appelées à traduire leurs convictions - grâce, fraternité, communion - dans l’éthique de nos sociétés.
● La fraternité est à la fois un don du Christ et une promesse. Elle est une pratique communautaire à approfondir sans cesse, une exigence qui demande un effort. Mais c’est seulement ainsi que nous connaîtrons l’amour immense du Christ, bien qu’il surpasse toute connaissance. C’est ainsi que nous recevrons toute la vie de Dieu, et qu’il habitera totalement en nous (cf. Ep 3, 19). La pratique de la Fraternité c’est notre sécurité, dans l’Eglise comme dans la société.
Didier Crouzet